Michael Bates, Malcolm McDowell & Stanley Kubrick on the set of A CLOCKWORK ORANGE (1971)
GODARD / KUBRICK entretien avec Michel Ciment
KinoScript : Comment expliquez-vous la violence de Godard envers Kubrick ?
Michel Ciment : La haine de Godard envers Kubrick est permanente. Elle a commencé quand il a attaqué Les Sentiers de la gloire, puis L’Ultime razzia jusqu’à laisser entendre lors d’une émission de télévision que certaines séquences de Full Metal Jacket étaient ignobles.
Je pense que cette haine s’explique par le fait que Kubrick travaille comme lui. Il a sa propre salle de montage chez lui, comme Godard à Rolle (Suisse). Kubrick fait un travail complètement artisanal avec des millions de dollars. Il contrôle le système et a un public important sans jamais avoir abdiqué aucune de ses ambitions. C’est pour Godard le contraire de ce qu’il est, un cinéaste uniquement soutenu par les festivals et les critiques, dont plus personne ne va voir les films. Godard a en face de lui ce retour de miroir de l’homme qui a débuté comme lui dans la rue, avec peu de moyens, mais qui a fini par tout contrôler.
KinoScript : Cela demande un grand talent.
Michel Ciment : C’était un metteur en scène complet, génial avec les comédiens, la caméra, le scénario, le montage… Ce qu’on ne dit jamais, c’est que trois ans avant la Nouvelle Vague, il l’a anticipé avec Le baiser du tueur en 1955, quatre avant A bout de souffle. C’est tourné comme A bout de souffle dans la rue, en caméra cachée sauf que Kubrick en avait écrit le scénario, fait la photo, le son et le montage beaucoup plus que Godard. Pourtant, personne ne parle jamais de Kubrick en tant que précurseur de la Nouvelle Vague.
Extrait d’un entretien avec Michel Ciment (2011) pour KinoScript “2001”.
http://www.nathan.fr/catalogue/catalogue_detail_enseignants.asp?ean13=9782091110516





